« Les juristes sont obligés de bricoler »

 

Selon Emmanuelle Vitalis, "le tranmedia cherche encore son modèle économique"

Trois questions à Emmanuelle Vitalis, juriste en propriété intellectuelle et spécialiste des droits des nouvelles technologies, co-créatrice de l’association Univers Transmedia.

Quels sont les visages aujourd’hui des projets transmedia ?

On trouve des oeuvres nativement transmedia, pensées dès l’origine comme une oeuvre transmedia, mais celles-ci sont rares. Plus couramment, il y a ce qu’on appelle des transformations transmedia. Par exemple, avant, après, autour d’un film, de grandes franchises tels que Disney ou Pixar vont élaborer un dispositif transmedia. Enfin, il existe beaucoup de « marketing transmedia » qui consiste à partir d’une oeuvre à faire de la promotion transmedia pour attirer le public, vendre des produits dérivés… Dans ce dernier cas, il n’y a pas d’enrichissement narratif de l’oeuvre.

La rareté des oeuvres nativement transmedia est-elle due à une absence de modèle économique ?

Le problème, en effet, est qu’il n’y a pas de modèle économique même si des solutions existent. Chaque champ -jeux vidéo, cinéma, audiovisuel…- a, chacun, son modèle économique. Ces oeuvres se heurtent de plus à la gratuité de l’Internet alors que, pourtant, il faut bien des budgets derrière pour créer des applications. Le souci est donc d’arriver à persuader les producteurs de mettre de l’argent sur un projet notamment nativement transmedia.  Cela est compliqué étant donné qu’on n’a pas les outils pour calculer l’impact d’une oeuvre, le retour sur investissement,  à part juste le nombre de connexions ou de tweets. Aujourd’hui, résultat, le financement se fait au cas par cas, beaucoup par des aides publics, par le sponsoring porté par les marques, par les chaînes et diffuseurs… A l’avenir, on va sans doute aller vers un patchwork de ces différents financements.

Un autre obstacle est-il l’absence de cadre légal et de régime juridique spécifique pour ces oeuvres transmedia ?

En effet, le droit a un train de retard, par nature, sur les technologies et les usages. Pour faire un parallèle, depuis plusieurs années, les personnes qui travaillent par exemple dans le secteur des jeux vidéo demandent en vain un statut juridique propre mais l’ont pas encore obtenu. Toute la difficulté par rapport aux oeuvres transmedia est la participation d’une multiciplité de constructeurs et d’intervenants sur une même oeuvre. Les droits d’auteur doivent ainsi suivre une logique distributive à l’image des poupées russes. Il y a la grande poupée « Univers » et à l’intérieur la poupée par exemple site Web, avec ses propres droits d’auteurs, qui elle-même contient une autre poupée sur les droits d’auteurs spécifique à la musique…etc. Le juriste doit donc bricoler, détricoter tout ça, pour définir les contrats de cession des droits d’auteur de chacun. Se pose en parrallèle la question du fan qui devient co-auteur de l’oeuvre et la question de la reproduction de l’oeuvre par le fan. Certains commencent à trouver des solutions en autorisant les modifications mais en imposant des conditions.

Marianne Peyri

 

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